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Faut-il couvrir le maïs produit à la ferme en production porcine? 

Le maïs produit par l’entreprise comporte d’abord un coût de production: semences, engrais, carburant, machinerie, main-d’œuvre, séchage, entreposage. Ce coût ne suffit pas à mesurer son poids réel dans la marge de l’élevage.

Le maïs donné aux porcs possède aussi une valeur marchande. En le consommant à la ferme, l’entreprise renonce au revenu qu’elle aurait pu tirer de sa vente. Cette valeur, ajustée pour la base locale, le transport et la qualité, constitue son coût d’opportunité – et c’est elle, pas le coût de production, qui devrait apparaître dans le coût de revient du porc.

À l’inverse, si la récolte est insuffisante, l’entreprise devra acheter le volume manquant. C’est alors le prix de remplacement qui compte. Le coût économique du maïs varie donc selon qu’il est produit, consommé, vendu ou acheté.

Produire son propre maïs réduit le besoin d’approvisionnement externe. Ça ne soustrait pas l’entreprise au marché.

Le producteur intégré a-t-il le même risque qu’un producteur de maïs?

Non: et c’est ici que la plupart des raisonnements dérapent.

Un producteur spécialisé en grandes cultures cherche à protéger la valeur de vente de sa récolte contre une baisse du prix. Sa position naturelle est longue en maïs, et son exposition est une exposition à la baisse.

Un producteur porcin qui transforme son propre maïs en viande n’est ni long ni court : il est à peu près neutre. Une hausse du maïs augmente la valeur de sa récolte, mais elle augmente aussi, du même montant, le coût d’opportunité du grain consommé par ses porcs. Les deux effets se neutralisent au niveau de l’entreprise.

C’est pourquoi Agrintel privilégie l’Agrégat Porc : passer d’une logique de prix à une logique de marge. Optimiser séparément le prix du porc, celui du maïs et celui des autres intrants mène régulièrement à une décision favorable pour une production et défavorable pour l’entreprise dans ses ensemble.

Quelle quantité demeure réellement exposée ?

Il est important de se concentrer sur la position nette exposée (Production prévue ? consommation du troupeau) sur une période donnée.

Prenons une entreprise avec 120 hectares de maïs et un troupeau qui consomme environ
1 150 tonnes par année:

  • À un rendement moyen de 10,5 t/ha, elle produit 1 260 tonnes. Position nette : un surplus de 110 tonnes, à peine 9 % de sa production. Elle est est marginalement vendeuse.
  • À 12 t/ha – une bonne année – elle produit 1 440 tonnes. Le surplus grimpe à 290 tonnes. Elle est nettement vendeuse.
  • À 8,5 t/ha – une année difficile – elle produit 1 020 tonnes. Elle est maintenant en déficit de 130 tonnes et doit acheter. Elle est acheteuse.

Trois années, trois positions, dont deux en sens opposé. Une entreprise « autosuffisante en moyenne » n’est autosuffisante presque aucune année en particulier.

Dans quelle direction va le risque ?

C’est la question qui manque le plus souvent, et elle change le choix de l’outil.

Le scénario qui fait vraiment mal à l’intégré, c’est une petite récolte doublée d’un prix élevé. Ces deux conditions arrivent ensemble plus souvent qu’au hasard : quand le rendement est mauvais à grande échelle, le marché monte. L’entreprise se retrouve alors à devoir acheter son manque au pire moment, avec un coût d’alimentation qui explose au même moment.

Une vente de contrats à terme, dans ce scénario, aurait empiré la situation. L’entreprise aurait perdu sur sa position vendeuse pendant que son coût d’achat montait.

Autrement dit : le risque de l’intégré est asymétrique, donc l’outil devrait l’être aussi. Ça oriente vers l’achat d’options d’achat (calls) sur la portion de volume à risque de déficit – une prime connue d’avance, un plafond sur le coût de remplacement, et aucune perte si le marché baisse. C’est un raisonnement complètement différent de celui du producteur de grain qui vend un pourcentage de son physique.

Le surplus attendu au-delà des besoins du troupeau, lui, peut être traité comme du grain ordinaire et vendu. Mais on parle ici des 110 tonnes de l’exemple, pas des 1 260.

Le point qu’on oublie presque toujours: le cash

Un producteur de grain qui se couvre et voit le marché monter encaisse des appels de marge. C’est désagréable, mais c’est temporaire : il finira par livrer son physique à un prix plus élevé, et l’argent revient.  

L’entreprise intégrée, elle, ne vend jamais son maïs.  

Si elle vend des contrats à terme et que le marché monte, elle doit déposer des marges en argent réel dans les jours qui suivent sans qu’aucune vente physique ne vienne ramener de liquidité. Le bénéfice compensatoire existe bien, mais il se matérialise sous forme d’un coût d’alimentation plus avantageux, dilué sur douze mois, dans le coût de revient du porc.  

L’ordre de grandeur mérite d’être posé. Un contrat de maïs à Chicago porte sur 5 000 boisseaux, soit environ 127 tonnes. Un mouvement de 50 ¢ le boisseau représente 2 500 $ US par contrat, à déposer pendant que le marché bouge. Trois ou quatre contrats et un marché nerveux, et on parle d’un besoin de fonds de roulement qui n’était pas au budget.

Avant de recommander une position à une entreprise intégrée, il faut donc répondre à une question très concrète : d’où vient l’argent des marges, et pendant combien de temps l’entreprise peut-elle le financer sans compromettre ses autres obligations? Une couverture techniquement correcte qu’on doit liquider au pire moment faute de liquidités, c’est une couverture qui a coûté de l’argent sans jamais protéger quoi que ce soit. 

Les contrats de gré à gré avec l’acheteur ou le meunier, sans appel de marge, méritent d’être comparés sérieusement aux instruments boursiers pour cette raison précise. 

Et l’interaction avec l’ASRA? 

Une entreprise porcine québécoise qui participe à l’ASRA bénéficie d’une compensation établie à partir d’un modèle de coût de production, lequel intègre le coût de l’alimentation. 

Dans la mesure où ce modèle reflète la hausse du prix des grains, une partie du risque sur l’intrant est déjà prise en charge par le programme. Ajouter une couverture par-dessus peut alors revenir à protéger deux fois le même risque — et à en payer le prix deux fois. 

Ce n’est pas un argument pour ne rien faire : c’est un paramètre à vérifier, selon la situation précise de l’entreprise et les paramètres du modèle en vigueur, avant de dimensionner une position. 

Les trois chiffres à sortir avant de structurer sa position 

Avant toute intervention sur les marchés ou discussion avec vos partenaires d’affaires, une entreprise porcine intégrée devrait être capable de nommer trois chiffres:

  • Sa position nette prévisionnelle en tonnes : production attendue moins consommation attendue du troupeau, avec le signe. Pas le volume produit, l’écart. 
  • Sa sensibilité au rendement : ce que devient cette position nette à plus ou moins 15 % de rendement, et si le signe change d’un scénario à l’autre. 
  • Sa capacité d’appel de marge : le montant qu’elle peut déposer, et pendant combien de mois, sans toucher à sa marge de crédit d’opération. 

Le maïs produit et consommé à la ferme ne change jamais de propriétaire, mais il conserve un coût économique bien réel. La bonne question est donc: quelle combinaison de prix, sur quel volume réellement exposé, et avec quels moyens, protège une marge satisfaisante pour l’ensemble de mon entreprise?

C’est exactement le travail analytique que permet l’Agrégat Porc. 

Dans notre prochain article, nous aborderons un cas de figure fréquent : que se passe-t-il lorsque la production de grain et l’élevage porcin sont séparés sous forme de compagnies sœurs ?

Cette publication présente de l’information générale. Toute stratégie de couverture doit être adaptée aux volumes, aux obligations financières et à la tolérance au risque de l’entreprise.

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