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Pourquoi et comment les petits producteurs peuvent unir leurs force pour gérer leurs risques

Qu’il s’agisse des céréales, des oléagineux, des cultures spécialisées, des bovins, des porcs, de la volaille, des œufs ou des produits laitiers, aucun agriculteur n’échappe à l’influence de facteurs externes sur lesquels il n’a aucun contrôle. Dans un seul rapport mensuel sur les prix des produits agricoles, Statistique Canada cite notamment la demande intérieure et étrangère, les coûts des intrants comme les prix des engrais, les conditions de culture au pays et dans les autres pays producteurs, ainsi que l’intérêt pour les biocarburants, qui ajoute des considérations environnementales à l’équation. Cela signifie que les décisions de semis et d’alimentation sont exposées à de nombreuses externalités.

Il en va de même pour les décisions d’emprunt, alors que les investissements peuvent être compromis lorsque l’accès au crédit devient plus restreint. Les grands producteurs, à l’instar des grandes entreprises dans d’autres secteurs de l’économie, disposent généralement de ressources financières plus importantes et d’un meilleur accès aux instruments bancaires et aux marchés financiers. Ils possèdent un niveau de ressources et de sophistication financière dont les plus petits producteurs ne bénéficient pas toujours.

Cette réalité influence les résultats en période d’incertitude, particulièrement lorsqu’il est question des marges. Faire face à ces risques seul expose les petits producteurs à une incertitude encore plus grande. Même pour ceux qui couvrent déjà leurs risques sur les marchés à terme, l’approche traditionnelle n’est pas nécessairement optimale.

Les producteurs porcins, par exemple, doivent gérer simultanément le prix des porcs finis, le coût des porcelets, celui du maïs, du tourteau de soya ainsi que le taux de change. L’approche traditionnelle, qui consiste à couvrir un seul de ces facteurs à la fois, peut laisser l’exploitation exposée aux autres risques.

Voici comment la mutualisation peut aider : les producteurs peuvent regrouper leurs ressources afin d’accéder à des capacités de couverture financière, un peu comme les investisseurs mettent leur argent en commun dans des fonds communs de placement. Toutefois, cela ne suffit pas à lui seul. La stratégie de couverture elle-même est déterminante, tout comme la philosophie d’investissement d’un fonds commun.

Aborder la couverture avec une vision globale de la production permet d’améliorer la stabilité des marges. Par exemple, il est possible de prendre une bonne décision concernant le prix du porc tout en voyant les marges se détériorer, simplement parce que la rentabilité d’une exploitation porcine ne dépend jamais d’un seul marché. Elle dépend plutôt du prix de vente des porcs, du coût des porcelets, du prix du maïs, du prix du tourteau de soya et du taux de change du dollar canadien.

Le regroupement de ces expositions dans un ensemble unique de contrats, ou agrégat, permettant de verrouiller à la fois les revenus et les coûts, contribue à réduire la volatilité des marges. Tous les éléments du contrat agrégé sont exprimés en dollars canadiens par 100 kg de porc. Cette approche peut également être appliquée à d’autres agrégats, notamment dans le secteur bovin.

La mise en commun des ressources et l’organisation de la couverture et de la gestion des risques autour d’une approche agrégée peuvent permettre aux petits producteurs d’accéder à un niveau de sophistication financière qui était jusqu’ici réservé aux grands acteurs.

Nos données montrent qu’une telle approche collective, combinée à une gestion agrégée des risques, peut contribuer à réduire la volatilité des marges.

Pour un groupe de producteurs québécois, l’agrégation des stratégies de couverture liées aux ventes de porcs, à l’alimentation animale et au taux de change a généré un gain cumulatif d’environ 38 $ CA par porc entre 2020 et 2024, comparativement à environ 18 $ CA pour une stratégie couvrant uniquement le prix de vente. Cette marge additionnelle a été obtenue grâce au verrouillage préalable des coûts d’alimentation et du taux de change. Les positions du groupe entre avril 2025 et avril 2026 montrent également un prix verrouillé plus stable que le prix du marché, illustrant l’effet d’une gestion mutualisée des risques.

La mutualisation des risques n’élimine pas tous les défis. Les producteurs doivent comprendre la stratégie, mettre en place des marges de crédit et des comptes de courtage, puis suivre leurs positions tout au long de l’année. Bien que la couverture de l’ensemble des positions ne supprime pas la volatilité, elle peut en atténuer les effets sur les marges. Pour les petits producteurs qui n’ont pas nécessairement la taille requise pour mettre en œuvre une stratégie de couverture individuelle, la création de groupes de gestion des risques peut offrir un soutien supplémentaire en période d’instabilité tout en renforçant leur situation financière durant les périodes plus favorables.

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